Jenny Rock

 
 
 

Révélée à la génération yé-yé au printemps 1965, par son interprétation de Douliou douliou Saint-Tropez, la ...

 
 
 

chanson-thème du film Le Gendarme de Saint-Tropez, Jenny Rock avait déjà tout un parcours à son actif. Dès la fin des années 50, celle que l’on présentait comme la petite émule d’Elvis Presley faisait bouger toute la province en se présentant, avec son énorme guitare, au sein de la troupe de Jean Grimaldi. Hélas, aucun document sonore ne témoigne de cette époque frénétique.

Quelques années plus tard, en 1963, la compagnie de disques Sélect lui offre l’opportunité de graver ses premiers enregistrements. Elle prête alors sa voix à de jeunes auteurs de la nouvelle chanson française comme Michel Paje, Marie-Josée Neuville ou Robert Cogoi qui lui fournit son premier succès : Donne-moi ta jeunesse. Elle y interprète également des créations locales, dont celles d’Élizabeth Daniel qui passent rapidement de la fantaisie légère à la chanson vraiment yé-yé, plus indiquée pour celle que la jeunesse couronnera bientôt comme sa petite reine du rythme (Jenny allait être élue Découverte féminine du Festival du Disque 1965).
À mesure que déferle la vague des groupes britanniques, la chanteuse se tourne vers le répertoire de ces nouveaux chefs-de-file dont elle enregistre les adaptations québécoises. Début 1966, Jenny déménage chez Apex, qui héberge alors plusieurs des idoles du moment, notamment les deux Ginette, les trois ‘’L’’ (Louvain,Lalonde et Lautrec) et les uniques Hou-Lops. Elle s’impose d’emblée avec Le sloopy, version de Everybody
Do The Sloopy de Johnny Thunder. Cette nouvelle danse, qui annonce la fièvre de la discothèque comme lieu de divertissement, devient le nouveau rythme fétiche de Jenny Rock et lui assurera une série de succès au palmarès dont Viens danser (Dance With Me) et 102 de fièvre (Fever à la façon des McCoys).

Sur l’album qui suit, Jenny devient auteure-compositeure-interprète avec la chanson Playboy
et surtout la très belle ballade Daddy. Un peu plus tard, c’est elle qu’on choisit pour ouvrir le spectacle de Johnny Hallyday, à la Place des Arts. Il faut dire qu’elle a l’expérience requise : l’année précédente, elle a côtoyé les Rolling Stones à leur première escale en terre québécoise, à l’Aréna Maurice-Richard, le 23 avril 1965. Le voisinage du rocker français s’avère tout à fait inspirant puisque Jenny propose bientôt sur disque la version locale de Black Is Black, le méga-succès du groupe espagnol Los Bravos. Par le fait-même, elle dispute le sommet des palmarès à celui qu’on surnommait à juste titre l’Idole des jeunes. Noir c’est noir sera le dernier succès majeur de notre petite fée du rythme.

Après une timide percée du côté anglophone (Come A Little Closer), elle revient brièvement au rythme sloopy avec Dansez, puis se tourne du côté de la soul music plus musclée, avec Jenny le petit démon et C’est pour toi. Malgré l’excellence de ces nouveaux enregistrements, aucun ne connaîtra l’engouement des disques précédents. La réécoute de ces chansons, oubliées pendant trois décennies, vous procurera des moments de pure délectation, notamment l’audition de joyaux comme Le contrat d’amour, Le train pour Memphis , la surprenante interprétation de Mal (Hush) et l’inattendue Donne-moi le temps, une véritable pièce d’anthologie, version de Piece Of My Heart à laquelle se sont aussi mesurées naguère des interprètes de la trempe de Janis Joplin et Tina Turner.
À partir des années 70, Jenny délaissera le monde du disque et des émissions-jeunesse pour les circuits plus professionnels de l’entertainment. Cependant, quelques incursions dans les temples de la jeune génération l’auront révélé à de nouveaux publics, tout au long des années 80 et 90.

- Richard Baillargeon

 

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Douliou Douliou St-Tropez
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