Redevable de son existence aussi bien à Gilles Girard, figure de proue des célèbres Classels, qu’à la légende très urbaine du rock québécois des années soixante-dix Aut’chose, Le Show allie en son temps les musiques d’hier et de demain. À son départ d’Aut’chose, en 1976, Pierre-André Gauthier forme un nouveau groupe avec le bassiste Claude Laferrière et le batteur Mike Dinardo et ceux-ci prennent le nom d’Éclipse. Une quinzaine de mois plus tard, ils se joignent au chanteur Gilles Girard pour donner naissance aux Super Classels, reprenant sur scène les grands succès de la décennie précédente. Sensibles aux nouveaux courants musicaux, notamment la new wave qui se dessine sur les pas de la révolution punk, les trois musiciens décident de tenter leur chance avec leurs propres chansons. Ils s’adjoignent le chanteur Michel St-Clair et se rebaptisent Le Show.
S’inspirant de l’esthétique musicale rétro qui commence à s’affirmer, les gars du Show préfèrent créer leur propre répertoire et entreprennent de réaliser un premier 33 tours, dès leurs premiers mois d’existence. C’est finalement sur DSP International, l’étiquette du prolifique Denis Pantis, producteur de nombreux groupes des années soixante, que paraît leur album Le Show, à l’été 1978. La chanson Sylvie, avec son rythme cha-cha si caractéristique, et une reprise de la ballade instrumentale The Messiah Will Come Again de Roy Buchanan, font l’objet d’un premier 45 tours. Sylvie s’avère un bon succès et donne au groupe son premier élan. Suivront bientôt Le plaisir est pour les blondes, Viens ce soir, Que je t’aime et Cours ma jolie. Du reste, tout l’album allie cette touche un peu nostalgique à un souci de modernité qui se reflète autant dans la reprise du thème de la célèbre émission Capitaine Bonhomme personnage créé par Michel Noël, sur une mélodie du guitariste Gilbert ‘Buck’ Lacombe, que dans les autres compositions du groupe ou même l’adaptation de Just What I Need du groupe américain The Cars, Tout ce qu’il me faut.
L’arrivée du claviériste Jules Francis donne à Fièvre d’amour, leur deuxième album, une sonorité résolument contemporaine comme en font foi Fou de toi, Souvenirs d’été, Fièvre d’amour et surtout Super D J qui est l’un des premiers succès techno produits au Québec. Soulignons particulièrement la pièce J’aime le rock’n roll qui assure une continuité avec les premiers pas du groupe par le croisement entre son propos rétrospectif et ses sonorités très 80. Sur cette nouvelle lancée, les musiciens préparent ce qui sera leur plus grand succès médiatique: L’homme de la rue. Le 45 tours propose également la version anglaise de la même pièce A Dedicated Man. Ce nouveau succès incite le groupe à retourner en studio pour produire son disque le plus fini, intitulé Quelle heure est-il ?. Paru plusieurs mois plus tard, l’album n’a pas le même impact que L’homme de la rue et demeure surtout un succès d’estime, malgré la présence de Never stop et Murder In Tokyo, deux nouvelles plages dans la veine de Super D J. Le groupe y est pourtant en pleine possession de ses moyens comme en font foi J’aime à te voir aimer, Femme de rêve et Quelle heure est-il ? Ces deux derniers titres font d’ailleurs l’objet d’un dernier 45 tours, avant que le groupe ne décide de raccrocher ses instruments, victime à son tour de la volatilité des modes.
- Richard Baillargeon