Les Jaguars

 
 
 

Au Québec le nom des Jaguars est synonyme d’un son particulier. Le son des guitares traité dans des boîtes...

 
 
 

d’écho aux noms mythiques: Écholette, Echochord... S’ils ne sont pas les seuls à s’y adonner (on peut penser aux Mégatones, aux Versatiles, aux Diables Noirs, aux Majestiks, aux Hou-Lops débutants) leur nom demeure toujours présent chez les adeptes de ce style musical qu’on désignait simplement comme de l’instrumental et qu’on associe maintenant au surf
californien. Cette survie, au-delà des modes et des époques, est due avant tout à la conviction et à la persévérance du guitariste soliste, Jean-Guy Cossette dit Arthur, qui a dressé épisodiquement de nouvelles meutes de jeunes fauves. En ouvrant ce boîtier, en posant ce disque dans le lecteur, vous libérez une forme d’énergie prisonnière au creux de vieux sillons depuis plusieurs décennies, telle que captée sur les instruments et les équipements du temps, en prise directe sur le Québec électrique.

On est alors en pleine révolution culturelle, au temps du twist et du chapelet en famille quand les Harmos, jeunes musiciens d’Arvida, entrent en contact avec un guitariste de Chicoutimi et se rebaptisent les Jaguars. L’idée leur vient de porter un costume à leurs couleurs, question de se distinguer des nombreux orchestres qui écument les salles du Saguenay, puis du Lac-St-Jean et bientôt de la Côte-Nord. C’est à ce moment que les premiers groupes britanniques, Beatles en tête, se présentent sur les ondes à l’assaut de l’Amérique. Les compagnies de disques locales ne tardent pas à réagir et bientôt les Jaguars se retrouvent en studio, réquisitionnés par la maison de disques Tournesol. On voit bientôt paraître un premier 45 tours dont les titres Supersonic Twist et surtout Mer morte deviennent rapidement des incontournables de toute soirée dansante qui se respecte. Le microsillon, paru presque simultanément, connaît lui aussi un accueil inespéré et il n’est pas rares que certaines stations de radio régionales fassent tourner leurs interprétations de Maria Elena, Marchand de melons ou encore Twist et chante, beatlemanie oblige!

Au royaume du Saguenay on n’hésite pas à demander les compositions Le repos du Jaguar, Arvida, nous voici et bien sûr Mer morte, à répétition. Le groupe est constamment sur la route. À l’automne 1964, les Jaguars sont de la tournée avec les Classels. L’hiver suivant, ils ouvrent pour les spectacles des Hou-Lops et quelques mois plus tard pour ceux des Excentriques. On les sollicite sans arrêt. Quand les Jaguars se présentent à Jeunesse d’aujourd’hui, ils sont les premiers étonnés que leur disque soit si connu dans la grande ville. Ils le seraient encore davantage s’ils savaient que le 45 tours est réédité pour le marché canadien, sous les titres Dead Sea et Supersonic. Non seulement le disque est connu, mais il se vend suffisamment pour que la compagnie Tournesol les ramène en studio, quelques mois plus tard.

Le scénario se répète à peu de détails près: le 45 tours comprend à nouveau un titre à saveur sentimentale Solitude et un autre plus rythmé, ici Jaguar Shake. L’album, bien que de qualité supérieure (Guitare Jet, Guitare Cha Cha, Course au bonheur, Mademoiselle Yé Yé sont toutes des pièces originales de haut calibre), celui-ci a peu de rayonnement et devient vite une rareté que peu d’oreilles ont la chance de découvrir. Après quelques tentatives pour ramener le groupe sous les feux des projecteurs, avec une version chantée de Mademoiselle Yé Yé puis un pressage des deux seules reprises standards de l’album, Dors mon amour (Sleepwalk) et Honky Tonk, les musiciens doivent se rendre à l’évidence: leur présence dans la métropole serait un atout essentiel à la poursuite de l’entreprise. Mais ceux-ci ne sont pas enthousiasmés par cette perspective, préférant rester près de leur premier public, sauf Jean-Guy qui choisit de s’installer dans la métropole.

Un dernier enregistrement leur permet de se libérer des dernières contraintes contractuelles: L’horloge et une relecture de Hanky Panky sont pressés sans plus de résultats et le groupe tire bientôt sa révérence. Jean-Guy Cossette prend bientôt le nom d’Arthur et aborde un nouveau volet de sa carrière, avec les Sinners, avant de revenir à ses premières amours sonores... plusieurs années plus tard. La réédition de ces enregistrements du milieu des années soixante est pour nous une occasion de renouer avec le son des origines. À savourer sans retenue!

- Richard Baillargeon

 

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Les Jaguars
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