Artisan de la chanson populaire au Québec, Yvan Daniel connaît de nombreux succès à la fin des années cinquante et au début de la décennie suivante. Mais il y a déjà plusieurs années qu'il agrémente les nuits de la Métropole, ayant appris son métier devant le public bien avant de fréquenter les studios d'enregistrements ou encore les plateaux de télévision qui existent à peine au moment de ses débuts.
C'est avant tout sur scène, au cabaret Le Mocambo, qu'il impose son style de gentleman crooner dès 1952 après avoir remporté de nombreux concours lors de galas d'amateurs dont celui des Étoiles de demain, à CKVL. Au milieu des années cinquante, il se voit offrir d'enregistrer pour la maison Columbia qui cherche à concurrencer les chanteurs de charme à la française. D'ailleurs son nom de scène - qui est simplement l'addition de deux prénoms qui lui plaisaient bien - se trouve, coïncidence non préméditée, être aussi le nom d'un populaire prêtre-ouvrier quelque peut controversé pour ses écrits, de l'autre côté de l'Atlantique.
Né Fernand Laliberté, notre Yvan Daniel bien de chez nous se taille petit à petit une place dans le monde du music-hall et de la chanson. Après plusieurs disques chez Columbia, qui lui fait même enregistrer quelques titres comportant le mot rock'n roll - le mot seulement! - il passe à la maison Alouette en 1958.
Ce sera le début d'une série de succès pour Yvan Daniel, succès qui n'auront rien à envier à ceux de Fernand Gignac ou d'André Sylvain qui visent comme lui un public adulte, à la recherche de chansons douces mais consistantes. Cela ne lui enlève pourtant pas son côté fantaisiste car dans les nombreux endroits où il se produit chaque semaine on le surnomme souvent le fantaisiste sentimental de la chanson. Tout en continuant de se mesurer à des reprises de succès internationaux comme Sait-on jamais, Buona sera, Sois pas fâchée , Yvan ne tardera pas à proposer ses propres textes. Un premier essai écrit en collaboration avec le journaliste et chroniqueur émérite Phil Laframboise, Amour de vacances figure d'ailleurs auprès de ces titres sur son album intitulé Yvan Daniel, Le prince de la chanson qui paraît en 1960. La chanson se retrouve aussi sur 45 tours, jumelée à la reprise du succès des années 30 Quand on s'aime bien tous les deux, un autre fleuron à son répertoire.
S'il continue de puiser chez les valeurs sûres du palmarès en France, telle Valentino que vient de populariser Gloria Lasso, Yvan Daniel maîtrise de plus en plus l'écriture et propose bientôt deux de ses compositions J'aime, j'aime et Au Parc Belmont. Les deux faces du 45 tours connaissent respectivement la faveur des amateurs de rythmes ou de chansonnettes et J'aime, j'aime donne bientôt son titre au nouveau microsillon d'Yvan.
Après avoir tenté sa chance
sur le marché anglophone, le temps de deux 45 tours qui ont peu d'impact,
Yvan Daniel revient en force et rejoint l'équipe Rusticana, alors au sommet
de son impact populaire. Si la chanson
Les filles du Québec, sur une mélodie
de La Bolduc, peut surprendre ses fans
par son changement de style, son
public a toutefois le plaisir de retrouver son Prince de la chanson avec ses nouvelles compositions comme La radio de mon auto puis Je ne sais pas pourquoi et Bon courage.
Il a encore le temps de
graver quelques 45 tours avant d'être victime d'un accident de la route au printemps 1967.