Pauline Julien
Dix ans après : rétrospective de sa carrière
Cet automne marque le dixième anniversaire du décès de Pauline Julien. Dix ans après son décès, sa marque sur la culture québécoise demeure encore bien présente.
Il y a dix ans, Pauline Julien nous quittait.
Pauline Julien voit le jour à Trois-Rivières, en 1928. Au début des années cinquante, elle part pour Paris afin d’y étudier l’art dramatique. Ces études s’échelonneront de 1952 à 1957. L’artiste se produit également dans diverses pièces dont La fable de l’enfant échangé de Pirandello.

C’est également pendant son séjour à Paris que Pauline Julien fait ses premiers pas dans la chanson. Elle se produit régulièrement dans les cabarets de la rive gauche. Son répertoire est constitué de chansons de Boris Vian, Léo Ferré, Bertolt Brecht et Kurt Weill.

LES PREMIERS ENREGISTREMENTS

À son retour à Montréal, en 1958, l’interprète se produit au cabaret Le Saint-Germain-des-Prés. Elle enregistre également ses premières chansons : La folle de Jean-Pierre Filion et Moi j’en ai marre. En 1960, elle obtient le rôle de Soledad dans l’émission pour enfants La boîte à surprise, diffusée sur les ondes de Radio-Canada. Elle retourne régulièrement en Europe, menant ses carrières européenne et canadienne de front.

Pendant la saison 1961-1962, Pauline Julien joue le rôle de Jenny dans l’œuvre de Bertolt Brecht et Kurt Weill intitulée L’Opéra de Quat’sous. L’artiste enrichi son répertoire en interprétant des œuvres de Raymond Lévesque et Gilles Vigneault. Le trophée de la Meilleure chanteuse populaire lui est d’ailleurs remis au gala des artistes de 1961.

En 1962, paraît son premier album, sur l’étiquette Columbia. Pauline Julien fait partie des premières québécoises à enregistrer pour cette firme. Cet album comprend, entre autres, La marquise Coton de Jean-Pierre Ferland, La complainte du marin de Clémence Desrochers et Claude Léveillée et Jack Monoloy de Gilles Vigneault. L’année suivante, la chanteuse lance deux autres albums : Pauline Julien et pour les enfants, Solidad et Barbarie.

En 1964, l’artiste tourne dans les films Fabienne sans son Jules et La terre à bois. Elle co-anime également l’émission radiophonique Toute la gamme, diffusée sur la première chaîne de la SRC. La même année, elle remporte le premier prix au Festival de Sopot, en Pologne, avec la chanson Jack Monoloy de Gilles Vigneault. Elle se produit également à la Comédie Canadienne, spectacle qui paraît sur disque, en 1965.

LES GRANDS AUTEURS

Toujours en 1964, son refus de chanter pour la reine Élisabeth II, lors de sa visite au Canada, cause un certain scandale. L’année suivante, la chanteuse signe avec la maison de disques Gamma et enregistre un album entier consacré à Raymond Lévesque. Elle poursuit sa carrière d’animatrice en animant Mon pays, mes chansons, toujours sur les ondes de la SRC. La chanteuse remporte au même moment le trophée de la meilleure diseuse au Gala des artistes.

Par la suite, Pauline Julien consacre un album entier aux chansons de Boris Vian. L’album Pauline Julien chante Boris Vian, qui voit le jour en 1966, comprend, entres autres, Chasse à l’homme, La java des bombes atomiques et Bilbao song. L’année suivante, la chanteuse lance l’album Suite québécoise sur lequel elle reprend les plus grands auteurs québécois : Gilles Vigneault, Georges Dor, Raymond Lévesque. Cet album remportera en 1970, un grand prix de l’Académie Charles-Cros.

Toujours en 1967, l’artiste effectue une tournée européenne en compagnie de Georges Brassens. C’est également l’occasion de sa première tournée en URSS. Pauline Julien représente également le Québec au Festival de la chanson populaire à Cuba. Peu à peu, elle se met à l’écriture et crée ses propres chansons. La décennie se termine avec la parution de l’album Comme je crie, comme je chante, le dernier qui paraît sur étiquette Gamma.

ENGAGEMENT

Au cours des événements d’octobre 1970, où les mesures de guerre sont instaurés suite à l’enlèvement et à l’assassinat du ministre Pierre Laporte, l’artiste et son compagnon Gérard Godin sont arrêtés sans motifs valables. Cette arrestation renforcera l’engagement politique en faveur de l’indépendance du Québec de la chanteuse. Sur un texte de Gilles Vigneault, elle enregistre Lettre à Ti-Cul Lachance à son premier sous-ministre. Elle participe également aux rassemblements Poèmes et chants de la résistance.

À partir de 1971, les albums de Pauline Julien paraissent sur l’étiquette Zodiaque. L’album Fragile comprend une reprise du succès de Jacques Michel, Un nouveau jour va se lever, ainsi que Bonjour bonsoir de Stéphane Venne. À la fin de l’année, elle enregistre Au milieu de ma vie, peut-être à la veille de…, qui outre la chanson titre, comprend les succès Déménager ou rester là et 8 heures 10 (As-tu deux minutes).

Après un spectacle à la Place des Arts, où elle est accompagnée par l’Orchestre Symphonique de Montréal, le public peut voir Pauline Julien dans les films Pleure donc pas Germaine (1972), Bulldozer (1973) et La mort d’un bûcheron (1973). En 1973, son album Allez voir, vous avez des ailes comprend son plus grand succès en carrière : L’âme à la tendresse. La même année, elle consacre un album entier à Gilles Vigneault : Pour mon plaisir.
Suite à ses nouveaux succès, la Société Saint-Jean-Baptiste décerne à la chanteuse le prix Calixa-Lavallée, en 1974. L’artiste effectue la même année une seconde tournée en URSS. Elle participe également au Festival de la francophonie, qui se tient à Rome.

Pour la télévision de CBC, Pauline Julien enregistre, en compagnie de Sylvia Tyson et Maureen Forester, l’émission Three women. En 1976, elle renoue avec son premier répertoire en consacrant un spectacle à Bertolt Brecht. Deux ans plus tard, elle joue le rôle d’Anna dans Les septs péchés capitaux de Kurt Weill et Bertolt Brecht. Les représentations de ce spectacle ont lieu au Centre National des Arts d’Ottawa.

GÉMEAUX CROISÉS

Toujours en 1978, la chanteuse entame une série de trois albums où la thématique de la situation de la femme domine : Femmes de paroles (1978), Mes amies d’filles (1979) et Fleur de peau (1980). Son interprétation d’Une sorcière comme les autres, d’Anne Sylvestre marque sa carrière. En 1980, la chanteuse participe au spectacle hommage à Gilles Vigneault, Je vous entends chanter, où divers artistes se sont réunis sur la Place des nations pour entonner les chansons du grand auteur-compositeur. En 1982, paraît l’album Charade.

En 1985, l’album Où peut-on vous toucher remporte un prix de l’Académie Charles-Cros. Cet album comprend l’émouvante chanson Maman, ta petite fille a un cheveu blanc. En 1988, Pauline Julien retrouve Anne Sylvestre pour la création du spectacle Gémeaux croisés. Puis, au début des années quatre-vingt-dix, l’artiste renoue avec le théâtre. Elle joue dans La maison cassée (1991), ainsi que dans Fleurs d’acier (1992).

Par la suite, l’artiste se retire de la vie publique. En 1998, paraît, chez VLB éditeur, Il fut un temps où l’on se voyait beaucoup, sa première œuvre littéraire.

Malheureusement, peu de temps après, le 1er octobre 1998, Pauline Julien décide de nous quitter. Atteinte d’aphasie dégénérative, elle ne peut supporter la souffrance morale engendrée par sa maladie. Grâce aux nombreuses rééditions sur disque compact de son répertoire, nous pouvons heureusement conserver un souvenirs intact de cette grande dame de la chanson québécoise.


Texte : Frédérick Blais